Le mythe à déconstruire
L'idée circule depuis des années dans les salles de marché et les forums spécialisés : "Les fonds en euros luxembourgeois rapportent moins que les français." Sur le papier, et en regardant uniquement le rendement brut affiché, cette affirmation n'est pas tout à fait fausse. Sauf qu'elle compare deux produits qui n'ont pas la même structure, ne portent pas les mêmes risques et ne s'adressent pas aux mêmes investisseurs.
Comparer un fonds en euros français à un fonds en euros luxembourgeois sur le seul critère du rendement brut, c'est comparer le prix au mètre carré d'un appartement parisien et d'un terrain agricole en Auvergne. Les chiffres existent, mais la comparaison n'a pas de sens.
Trois différences structurelles qui changent tout
1. Le cantonnement des actifs
Côté français, les actifs du fonds en euros sont dans le bilan de l'assureur. En cas de difficulté grave de la compagnie, ils peuvent être affectés au passif général. Côté luxembourgeois, les actifs représentatifs des contrats sont obligatoirement déposés chez une banque dépositaire agréée par le Commissariat aux Assurances - c'est le triangle de sécurité. La banque dépositaire ségrégue les actifs : ils ne peuvent pas être confondus avec ceux de l'assureur ni saisis par ses créanciers.
2. Le super-privilège du souscripteur
Si l'assureur luxembourgeois fait défaut, les souscripteurs sont créanciers de premier rang sur les actifs cantonnés - avant l'État luxembourgeois lui-même, avant les salariés, avant tous les autres créanciers. Aucune équivalence en France : le Fonds de Garantie des Assurances de Personnes plafonne à 70 000 € par souscripteur et par compagnie. Pour un contrat à 500 K€, l'écart de protection est colossal.
3. L'absence de loi Sapin 2
Le mécanisme de blocage des rachats prévu par la loi Sapin 2 ne s'applique pas aux contrats luxembourgeois - puisque la loi est française et ne lie ni le CAA ni les assureurs luxembourgeois. Sur un contrat français, ce risque est réel (jamais activé à ce jour, mais activable). Sur un contrat luxembourgeois, il est juridiquement nul.
Et les chiffres dans tout ça ?
Sur l'exercice 2024, les principaux fonds en euros luxembourgeois ont servi des rendements bruts dans une fourchette indicative de 1,5 % à 2,0 %, contre 2,5 % à 3,5 % en moyenne pondérée pour les fonds français. L'écart brut existe. Mais trois ajustements à faire pour rendre la comparaison honnête :
- Fiscalité de sortie identique côté résident français : le rendement net après PFL/PFU et 18,6 % de prélèvements sociaux subit la même érosion, quel que soit le pays de l'assureur.
- Risque latent différent : le surplus de rendement français est en partie une prime de risque (Sapin 2, FGAP plafonné, exposition à un seul écosystème).
- Diversification multidevises : un fonds en euros luxembourgeois peut être adossé à un contrat lui-même alimenté en CHF, USD ou GBP - ce qu'aucun contrat français ne permet structurellement.
Pour qui le fonds en euros luxembourgeois a-t-il du sens ?
- Les patrimoines au-delà de 500 K€, pour qui les 70 000 € du FGAP français sont insuffisants.
- Les profils qui cherchent une poche défensive sécurisée structurellement, et pas seulement servant un rendement plus élevé.
- Les souscripteurs qui veulent compléter leur fonds en euros avec des unités de compte multidevises ou des fonds dédiés (FID, FAS, FIC) accessibles uniquement au Luxembourg.
- Les expatriés et futurs expatriés, pour qui la neutralité fiscale du Luxembourg simplifie radicalement la gestion de leur patrimoine financier.
Pour qui le fonds en euros français reste pertinent
- Les patrimoines de moins de 70 K€ entièrement couverts par le FGAP.
- Les épargnants qui privilégient la simplicité opérationnelle et la fiscalité française classique sans recherche de protection renforcée.
- Les contrats anciens avec antériorité fiscale acquise - où la conservation prime sur la performance brute.
