Frais25 juin 202612 min de lecture

OneLife × Quintet : ce que coûte
vraiment un FID/FAS

Droits de garde, planchers d'exécution, frais de change, seuils de crédit Lombard : la grille tarifaire de la banque dépositaire de OneLife décryptée ligne par ligne, puis traduite en coût annuel réel sur trois portefeuilles types.

Edouard Binet
Edouard Binet
Peeters Patrimoine · ORIAS · CNCGP

Pourquoi ces chiffres ne circulent jamais

Sur un contrat luxembourgeois, la plaquette commerciale affiche deux nombres : les frais de gestion de l'assureur et, parfois, les frais d'entrée négociés. C'est tout. Or un fonds interne dédié (FID) ou un fonds d'assurance spécialisé (FAS) empile en réalité quatre couches de coûts, et la couche la plus opaque n'est pas celle de l'assureur : c'est celle de la banque dépositaire. Elle est facturée en points de base, en minimums et maximums par opération, en forfaits annuels par compte-titres - une mécanique que presque aucun épargnant ne voit avant d'avoir signé.

Nous prenons ici un cas concret et documenté : le dispositif FID/FAS de OneLife (groupe APICIL) adossé à Quintet Private Bank, banque dépositaire partenaire depuis 2017. Objectif : traduire une grille tarifaire technique en coût réel annuel, sur des portefeuilles types.

Le décor. Quintet Private Bank (ex-KBL), 43 boulevard Royal à Luxembourg, fondée en 1949 : environ 80 milliards d'euros d'actifs sous gestion et en dépôt, 7 marchés européens, 2 000 salariés, un réseau de 93 sous-dépositaires couvrant 78 marchés. C'est ce réseau qui explique la structure tarifaire par géographie que l'on va détailler.

1. Le ticket d'entrée réel : 125 000 € de prime initiale

Premier chiffre structurant : la prime initiale minimale exigée par Quintet pour ouvrir un compte-titres dédié est de 125 000 €, aussi bien en solution de gestion discrétionnaire de fonds dédiés (FID) qu'en solution d'autogestion / FAS. Ce n'est pas le minimum du contrat OneLife, c'est le minimum du dépositaire - la nuance compte, car c'est celui qui prime dans les faits.

Autrement dit : un contrat annoncé accessible plus bas ne donnera pas accès à ce dispositif dédié tant que ce seuil n'est pas atteint. Sous 125 000 €, on reste sur des unités de compte classiques référencées, sans fonds dédié.

2. Les frais de dépôt : 6 points de base, et une nuance

La conservation des actifs est facturée 6 points de base par an (0,06 %) sur tous les grands marchés, que ce soit pour des fonds, des ETF, des obligations ou des actions. S'y ajoute un forfait de gestion de 100 € par compte de dépôt et par an.

Sur 500 000 € investis, cela fait 300 € de droits de garde plus 100 € de forfait, soit 400 € annuels. C'est objectivement compétitif : sur des dispositifs comparables, on rencontre couramment 10 à 15 points de base. Attention en revanche aux actifs non cotés, sur lesquels des restrictions s'appliquent - ils ne sont pas systématiquement acceptés en dépôt.

3. Les frais d'exécution : là où la facture se fabrique

C'est le poste que personne ne modélise, et c'est pourtant celui qui explose quand un portefeuille tourne beaucoup. Chaque ordre est facturé en points de base du montant, avec des planchers et parfois des plafonds.

Les fonds

Conclusion pratique : une ligne de private equity de 50 000 € coûte 250 € à l'entrée (le plancher, pas les 25 bps qui donneraient 125 €) plus 250 € par an de tenue de registre. Sur cinq ans, cela représente 1 500 € pour une seule ligne - soit 3 % du montant investi, avant toute performance.

Les obligations : le tarif dépend du pays d'émission

C'est la particularité la plus contre-intuitive de la grille : un même ordre obligataire n'a pas le même prix selon le marché.

Une obligation allemande coûte donc trois fois plus cher à traiter qu'une obligation luxembourgeoise, à montant identique. Sur un portefeuille obligataire de 400 000 € reconstitué une fois par an, l'écart entre 10 et 30 points de base représente 800 € annuels. Ce n'est pas anecdotique sur une classe d'actifs dont le rendement se compte en points.

Actions et ETF : la géographie encore

Le message est clair : une allocation émergente en titres vifs coûte structurellement deux à trois fois plus cher à exécuter qu'une allocation Europe/US. Sur un FAS piloté activement, ce différentiel doit entrer dans l'arbitrage - ou être capté via des ETF domiciliés en Europe, facturés au tarif Europe de l'Ouest.

Les produits structurés

Tarification dégressive : 10 points de base sous 500 000 €, 8 points de base entre 500 000 € et 1 M€, 6 points de base au-delà, avec un plancher de 50 € et un plafond de 2 500 € par opération. À cela s'ajoutent les mêmes 250 € annuels de compte distinct lorsque l'instrument l'exige.

Le supplément qu'on oublie

Toute transaction non automatisée - c'est-à-dire passée hors de la plateforme myquintetpro - entraîne 50 € de supplément. Sur un portefeuille géré par un asset manager externe peu intégré, ce surcoût peut se répéter sur chaque ordre.

4. Le change : le poste le plus sous-estimé

Un contrat luxembourgeois multidevises facture le change. La grille Quintet est cumulative par tranche de virement en euros :

L'effet de seuil est brutal. Convertir 100 000 € en cinq opérations de 20 000 € coûte 300 € ; la même conversion en une seule opération au-dessus du seuil coûte 50 €. Un facteur six, uniquement lié au découpage des ordres. Les virements supérieurs à 100 000 € peuvent en outre passer directement par la salle des marchés à des conditions négociées.

Pour un expatrié qui alimente son contrat en USD, CHF ou GBP par versements réguliers de 15 000 à 20 000 €, ce point mérite une vraie discipline : regrouper les conversions plutôt que les fractionner.

5. Le crédit Lombard : ce que la grille autorise réellement

Le nantissement du contrat est possible, mais avec des seuils précis :

Côté durée : cinq ans pour un prêt in fine (intérêts trimestriels, taux fixe ou variable), jusqu'à quinze ans pour un prêt amorti. Des pénalités s'appliquent en cas de remboursement anticipé.

Les quotités de nantissement, calculées actif par actif, sont les suivantes : obligations et actions en euros jusqu'à 70 %, hors euros jusqu'à 60 % ; fonds réglementés jusqu'à 70 % pour les actions et 85 % pour les obligations et OPCVM ; fonds non réglementés plafonnés à 65 % ; produits structurés jusqu'à 75 %. Un contrat nanti subit par ailleurs des restrictions sur les opérations possibles - ce n'est pas un contrat qui continue de vivre librement.

Notre analyse dédiée au crédit Lombard détaille la mécanique complète.

Simulation : le coût réel sur trois portefeuilles

Les hypothèses ci-dessous retiennent la seule couche dépositaire, hors frais de l'assureur, du gérant et du courtier.

Portefeuille A - 250 000 €, profil prudent, faible rotation

Allocation majoritairement en fonds conventionnels et obligations françaises, quatre à six ordres par an, pas de devise étrangère. Dépôt : 150 €. Forfait : 100 €. Exécution : environ 300 €. Total voisin de 550 €, soit 0,22 % par an.

Portefeuille B - 800 000 €, profil équilibré, gestion active

Mélange actions Europe/US en direct, ETF, obligations européennes, une poche structurée, vingt à trente ordres par an, deux conversions de devises au-dessus du seuil de 100 000 €. Dépôt : 480 €. Forfait : 100 €. Exécution : environ 1 200 €. Change : environ 100 €. Total voisin de 1 880 €, soit 0,24 % par an.

Portefeuille C - 1,5 M€ avec poche non cotée

Cœur coté classique plus trois lignes de private equity. Dépôt : 900 €. Forfait : 100 €. Exécution cotée : environ 1 500 €. Souscriptions non cotées : 750 € au plancher de 250 €. Tenue de registre : 750 € annuels récurrents. Total voisin de 4 000 € la première année, dont 750 € récurrents chaque année pour la seule poche illiquide.

Lecture. La couche dépositaire pèse ici entre 0,20 % et 0,30 % par an sur un portefeuille coté raisonnablement actif. Ce n'est ni négligeable ni disqualifiant - mais c'est un ordre de grandeur qui doit être ajouté aux frais d'assurance, de gestion et de courtage pour obtenir le coût total réel du contrat. Notre guide des quatre couches de frais détaille la méthode de consolidation.

Quatre arbitrages concrets qui découlent de cette grille

Ce que cette grille dit du marché luxembourgeois

Cette tarification n'est pas une anomalie : elle est représentative de ce que pratiquent les dépositaires de premier plan sur les dispositifs dédiés. Ce qui est anormal, c'est qu'elle reste invisible pour la plupart des souscripteurs. Deux contrats affichant les mêmes frais de gestion assureur peuvent présenter, à allocation identique, 0,15 point de coût annuel d'écart selon le dépositaire retenu et la structure des ordres - soit près de 4 % de capital sur vingt ans.

Le corollaire est simple : demander la grille tarifaire du dépositaire avant de signer. Elle existe toujours, elle est communicable, et le refus de la transmettre est en soi une information.

Notre article sur le choix de la banque dépositaire complète cette lecture par les critères non tarifaires.

Verdict Peeters Patrimoine
Une grille honnête, à condition de savoir la lire
Six points de base de droits de garde placent le dispositif OneLife × Quintet dans le haut du panier en compétitivité pure. Le coût réel ne se joue pas là : il se joue sur les planchers d'exécution, sur les 250 € annuels des lignes non cotées, sur la géographie des ordres obligataires et surtout sur le fractionnement des conversions de devises. Un portefeuille coté, peu rotatif, conversions groupées : on reste sous 0,25 % par an. Un portefeuille émergent, fractionné, avec du non-coté mal dimensionné : on double. La grille ne pénalise pas les patrimoines, elle pénalise les mauvaises habitudes d'exécution.Pour comparer cette structure à celle des autres contrats, voir le comparatif des 14 contrats luxembourgeois et la fiche détaillée du contrat OneLife.

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