Pourquoi ces chiffres ne circulent jamais
Sur un contrat luxembourgeois, la plaquette commerciale affiche deux nombres : les frais de gestion de l'assureur et, parfois, les frais d'entrée négociés. C'est tout. Or un fonds interne dédié (FID) ou un fonds d'assurance spécialisé (FAS) empile en réalité quatre couches de coûts, et la couche la plus opaque n'est pas celle de l'assureur : c'est celle de la banque dépositaire. Elle est facturée en points de base, en minimums et maximums par opération, en forfaits annuels par compte-titres - une mécanique que presque aucun épargnant ne voit avant d'avoir signé.
Nous prenons ici un cas concret et documenté : le dispositif FID/FAS de OneLife (groupe APICIL) adossé à Quintet Private Bank, banque dépositaire partenaire depuis 2017. Objectif : traduire une grille tarifaire technique en coût réel annuel, sur des portefeuilles types.
1. Le ticket d'entrée réel : 125 000 € de prime initiale
Premier chiffre structurant : la prime initiale minimale exigée par Quintet pour ouvrir un compte-titres dédié est de 125 000 €, aussi bien en solution de gestion discrétionnaire de fonds dédiés (FID) qu'en solution d'autogestion / FAS. Ce n'est pas le minimum du contrat OneLife, c'est le minimum du dépositaire - la nuance compte, car c'est celui qui prime dans les faits.
Autrement dit : un contrat annoncé accessible plus bas ne donnera pas accès à ce dispositif dédié tant que ce seuil n'est pas atteint. Sous 125 000 €, on reste sur des unités de compte classiques référencées, sans fonds dédié.
2. Les frais de dépôt : 6 points de base, et une nuance
La conservation des actifs est facturée 6 points de base par an (0,06 %) sur tous les grands marchés, que ce soit pour des fonds, des ETF, des obligations ou des actions. S'y ajoute un forfait de gestion de 100 € par compte de dépôt et par an.
Sur 500 000 € investis, cela fait 300 € de droits de garde plus 100 € de forfait, soit 400 € annuels. C'est objectivement compétitif : sur des dispositifs comparables, on rencontre couramment 10 à 15 points de base. Attention en revanche aux actifs non cotés, sur lesquels des restrictions s'appliquent - ils ne sont pas systématiquement acceptés en dépôt.
3. Les frais d'exécution : là où la facture se fabrique
C'est le poste que personne ne modélise, et c'est pourtant celui qui explose quand un portefeuille tourne beaucoup. Chaque ordre est facturé en points de base du montant, avec des planchers et parfois des plafonds.
Les fonds
- Fonds conventionnels (traitement direct, peu ou pas d'intervention manuelle) : 25 points de base, avec un minimum de 50 € et un maximum de 350 € par opération.
- Autres fonds (alternatifs, private equity, fonds américains, fonds immobiliers) : 25 points de base également, mais avec un minimum de 250 € et un maximum de 350 €. Le plancher est multiplié par cinq, parce que ces fonds imposent un traitement manuel : ouverture de compte, formulaire de souscription, préfinancement, paiements manuels.
- À cela s'ajoutent, pour certains de ces actifs, 250 € de frais annuels fixes par compte distinct ouvert auprès du registre ou de l'agent de transfert - OneLife devant maintenir des sous-comptes nominatifs.
Conclusion pratique : une ligne de private equity de 50 000 € coûte 250 € à l'entrée (le plancher, pas les 25 bps qui donneraient 125 €) plus 250 € par an de tenue de registre. Sur cinq ans, cela représente 1 500 € pour une seule ligne - soit 3 % du montant investi, avant toute performance.
Les obligations : le tarif dépend du pays d'émission
C'est la particularité la plus contre-intuitive de la grille : un même ordre obligataire n'a pas le même prix selon le marché.
- Luxembourg : 10 points de base, minimum 25 €
- Suisse : 13 points de base, minimum 25 €
- Autriche, Pays-Bas, France, Italie, Portugal : 20 points de base, minimum 25 €
- Belgique, Allemagne : 30 points de base, minimum 25 €
- Europe de l'Ouest et États-Unis hors liste : minimum 25 €, tarif sur demande ; tout autre marché : minimum 50 €
Une obligation allemande coûte donc trois fois plus cher à traiter qu'une obligation luxembourgeoise, à montant identique. Sur un portefeuille obligataire de 400 000 € reconstitué une fois par an, l'écart entre 10 et 30 points de base représente 800 € annuels. Ce n'est pas anecdotique sur une classe d'actifs dont le rendement se compte en points.
Actions et ETF : la géographie encore
- Europe de l'Ouest, États-Unis, Canada, Japon, Hong Kong : 12 points de base (minimum 25 € en Europe de l'Ouest et aux États-Unis, 50 € ailleurs)
- Singapour, Corée du Sud, Australie : 17 points de base, minimum 50 €
- Europe de l'Est : 22 points de base, minimum 50 €
- Philippines et titres russes cotés en USD : 27 points de base, minimum 50 €
- Indonésie : 32 points de base, minimum 50 €
Le message est clair : une allocation émergente en titres vifs coûte structurellement deux à trois fois plus cher à exécuter qu'une allocation Europe/US. Sur un FAS piloté activement, ce différentiel doit entrer dans l'arbitrage - ou être capté via des ETF domiciliés en Europe, facturés au tarif Europe de l'Ouest.
Les produits structurés
Tarification dégressive : 10 points de base sous 500 000 €, 8 points de base entre 500 000 € et 1 M€, 6 points de base au-delà, avec un plancher de 50 € et un plafond de 2 500 € par opération. À cela s'ajoutent les mêmes 250 € annuels de compte distinct lorsque l'instrument l'exige.
Le supplément qu'on oublie
Toute transaction non automatisée - c'est-à-dire passée hors de la plateforme myquintetpro - entraîne 50 € de supplément. Sur un portefeuille géré par un asset manager externe peu intégré, ce surcoût peut se répéter sur chaque ordre.
4. Le change : le poste le plus sous-estimé
Un contrat luxembourgeois multidevises facture le change. La grille Quintet est cumulative par tranche de virement en euros :
- Jusqu'à 25 000 € : 30 points de base au comptant, 40 points de base à terme
- De 25 000 € à 100 000 € : 25 points de base au comptant comme à terme
- Au-delà de 100 000 € : 5 points de base au comptant, 25 points de base à terme
L'effet de seuil est brutal. Convertir 100 000 € en cinq opérations de 20 000 € coûte 300 € ; la même conversion en une seule opération au-dessus du seuil coûte 50 €. Un facteur six, uniquement lié au découpage des ordres. Les virements supérieurs à 100 000 € peuvent en outre passer directement par la salle des marchés à des conditions négociées.
Pour un expatrié qui alimente son contrat en USD, CHF ou GBP par versements réguliers de 15 000 à 20 000 €, ce point mérite une vraie discipline : regrouper les conversions plutôt que les fractionner.
5. Le crédit Lombard : ce que la grille autorise réellement
Le nantissement du contrat est possible, mais avec des seuils précis :
- En FID : prêt minimum de 500 000 € si Quintet est également le gestionnaire d'actifs, mais 1 M€ si le gérant est externe. Confier la gestion au dépositaire divise donc par deux le ticket d'accès au crédit.
- En FAS / autogestion : 1 M€ minimum, sans exception.
Côté durée : cinq ans pour un prêt in fine (intérêts trimestriels, taux fixe ou variable), jusqu'à quinze ans pour un prêt amorti. Des pénalités s'appliquent en cas de remboursement anticipé.
Les quotités de nantissement, calculées actif par actif, sont les suivantes : obligations et actions en euros jusqu'à 70 %, hors euros jusqu'à 60 % ; fonds réglementés jusqu'à 70 % pour les actions et 85 % pour les obligations et OPCVM ; fonds non réglementés plafonnés à 65 % ; produits structurés jusqu'à 75 %. Un contrat nanti subit par ailleurs des restrictions sur les opérations possibles - ce n'est pas un contrat qui continue de vivre librement.
Notre analyse dédiée au crédit Lombard détaille la mécanique complète.
Simulation : le coût réel sur trois portefeuilles
Les hypothèses ci-dessous retiennent la seule couche dépositaire, hors frais de l'assureur, du gérant et du courtier.
Portefeuille A - 250 000 €, profil prudent, faible rotation
Allocation majoritairement en fonds conventionnels et obligations françaises, quatre à six ordres par an, pas de devise étrangère. Dépôt : 150 €. Forfait : 100 €. Exécution : environ 300 €. Total voisin de 550 €, soit 0,22 % par an.
Portefeuille B - 800 000 €, profil équilibré, gestion active
Mélange actions Europe/US en direct, ETF, obligations européennes, une poche structurée, vingt à trente ordres par an, deux conversions de devises au-dessus du seuil de 100 000 €. Dépôt : 480 €. Forfait : 100 €. Exécution : environ 1 200 €. Change : environ 100 €. Total voisin de 1 880 €, soit 0,24 % par an.
Portefeuille C - 1,5 M€ avec poche non cotée
Cœur coté classique plus trois lignes de private equity. Dépôt : 900 €. Forfait : 100 €. Exécution cotée : environ 1 500 €. Souscriptions non cotées : 750 € au plancher de 250 €. Tenue de registre : 750 € annuels récurrents. Total voisin de 4 000 € la première année, dont 750 € récurrents chaque année pour la seule poche illiquide.
Quatre arbitrages concrets qui découlent de cette grille
- Regrouper les conversions de devises. Franchir le seuil de 100 000 € fait passer le change de 30 à 5 points de base. C'est l'optimisation la plus rentable et la plus simple de toute la grille.
- Privilégier les ETF domiciliés en Europe pour l'exposition émergente. 12 points de base contre 22 à 32 en titres vifs, à exposition économique comparable.
- Dimensionner les lignes non cotées. Avec un plancher de 250 € par souscription et 250 € par an de registre, une ligne de private equity sous 100 000 € porte une charge fixe disproportionnée.
- Poser la question du gérant avant celle du Lombard. Externaliser la gestion fait passer le prêt minimum de 500 000 € à 1 M€. Si le nantissement fait partie du projet patrimonial, cet arbitrage se décide à la souscription, pas trois ans plus tard.
Ce que cette grille dit du marché luxembourgeois
Cette tarification n'est pas une anomalie : elle est représentative de ce que pratiquent les dépositaires de premier plan sur les dispositifs dédiés. Ce qui est anormal, c'est qu'elle reste invisible pour la plupart des souscripteurs. Deux contrats affichant les mêmes frais de gestion assureur peuvent présenter, à allocation identique, 0,15 point de coût annuel d'écart selon le dépositaire retenu et la structure des ordres - soit près de 4 % de capital sur vingt ans.
Le corollaire est simple : demander la grille tarifaire du dépositaire avant de signer. Elle existe toujours, elle est communicable, et le refus de la transmettre est en soi une information.
Notre article sur le choix de la banque dépositaire complète cette lecture par les critères non tarifaires.
